Le Fonds de Dotation Kerpape à l’honneur dans le JDE

Le Journal des Entreprises revient dans son article sur la place de l’innovation dans la structuration du centre de Kerpape. Grâce à son département Innovation-recherche et au travail du Fonds de Dotation, le centre se réorganise.

 

Le centre de rééducation fonctionnelle de Kerpape fait sa révolution innovation

Par Xavier Eveillé, le 09 octobre 2018

Le centre de rééducation fonctionnelle de Kerpape, qui prend en charge des accidentés de la vie et des personnes paralysées, a créé le Fonds de dotation Kerpape en 2016 et structure son département Innovation-recherche. C’est bien vers un nouveau modèle que se tourne l’établissement de santé privé d’intérêt collectif.

Une refonte en profondeur de l’innovation est à l’œuvre au centre de Kerpape. Un premier comité de pilotage s’est tenu le 8 octobre depuis l’intégration du centre de rééducation fonctionnelle au groupe VYV Care, né de la fusion des mutuelles MGEN et Harmonie : « Notre gouvernance évolue, explique Jean-Marc Le Ravallec, directeur délégué de Kerpape. L’enjeu est lié à l’évolution réglementaire des tarifications. Un modèle qu’ont déjà appréhendé les CHU, mais qui met au défi un établissement comme Kerpape. Notre spécialisation fait que nous avons des services peu valorisés par la tarification à l’activité : comment valoriser demain la piscine de rééducation, les salles de sport… (*). Nous sommes aussi le reflet de la complexité des pathologies et des difficultés humaines rencontrées. Nous sommes souvent le dernier recours du parcours de soins, je pense à certaines situations en pédiatrie. »

Jean-Marc Le Ravallec, directeur délégué du centre de Kerpape. – Photo : X.E.

Un département innovation-recherche se structure

L’enjeu croisé de cette refonte a trait précisément à l’innovation-recherche. « Nous devons la structurer. Elle est faite à tous les niveaux mais il n’existe pas de service en tant que tel. Le fonds de dotation, qui finance sur trois ans la mise en place du département innovation recherche, s’accompagne du recrutement d’un attaché de recherche clinique et d’un médecin qui va être détaché à mi-temps pour animer le département », poursuit Jean-Marc Le Ravallec. Le fonds de dotation finance également la veille technologique du  laboratoire électronique du centre de kerpape et une bourse de recherche médicale ou paramédicale chaque année .il s’appuie sur son comité scientifique qui donne un avis aux administrateurs pour le  choix de financement des projets présentés en conseil d’administration.

Des liens étroits avec les entreprises

La structuration du service se fait avec l’appui du Fonds de dotation, créé en 2016 et doté fin 2017 de 545 000 € avec des dons ponctuels mais aussi de grands mécènes tels la Matmut, MGEN et Harmonie Mutuelle, Malakoff Mederic, GMF Solidarités, mais aussi le groupe Aäsgard et le football club de Lorient. Ils abondent jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros. À la direction du fonds, Olivier Bonaventur, directeur général, et Pascale Stéphan mettent en musique cette refonte en profondeur autour des spécificités fortes du centre, souvent uniques en France.

Cette spécialiste de l’accompagnement et de la réinsertion à Kerpape insiste sur l’intensité des liens entre le centre et les entreprises, depuis toujours : « A commencer par le fait que la moitié des patients que nous recevons travaillaient au moment de leur accident. Dans la grande majorité des cas, ils souhaitent retrouver leur emploi à la sortie. Nos relations avec les employeurs sont donc constantes afin de déterminer ensemble comment les réinsérer dans l’entreprise, comment adapter leur poste, voire repenser leurs fonctions. »

Nathalie Penvern, enseignante de conduite, Tifenn Bodic, ergothérapeute, DR Jean-Luc Le Guiet, président du comité scientifique du Fonds de dotation, et Pascale Stéphan, attachée de direction, responsable du fonds de dotation. – Photo : Xavier Eveillé

La réinsertion passe aussi de longue date par le service de conduite automobile pour personnes handicapées baptisé UCAAK (Unité de conduite automobile adaptée de Kerpape). Depuis les années soixante-dix, Kerpape a formé ainsi plusieurs milliers de personnes handicapées ou amputées à la conduite adaptée. Ce service, qui tourne à plein avec quatre véhicules, est soutenu par le fonds de dotation dans le cadre d’un projet de véhicules instrumentés (capteurs/vidéos) visant à améliorer l’évaluation de la reprise de la conduite après une lésion cérébrale, en lien avec l’Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux) à Lyon. Ce projet, piloté par le Dr Jean-Luc Le Guiet, va également permettre d’améliorer la coopération avec les autres établissements de santé, comme le Centre hospitalier de Bretagne Sud dans le domaine des accidents cérébraux, notamment.

Silver economy et digital ouvrent des perspectives

Puis, il y a eu l’essor de la robotique, avec des partenariats avec le CEA, le développement de premières mains robotisées… « Le modèle évolue, les entreprises s’intéressent davantage au handicap », note Pascale Stéphan. L’industrialisation de masse et la taille critique du marché ont longtemps rebuté les entreprises. Aujourd’hui, un double effet est à l’œuvre : le papy-boom, qui offre des besoins conjoints avec le handicap, et les nouvelles technologies comme l’impression 3D et le digital. Le marché du handicap intéresse donc les start-up de la Silver economy. Et c’est nouveau.

Les prothèses sont réalisées par une équipe de 9 personnes au centre de Kerpape. – Photo : Xavier Eveillé

Start-up et fablab, une nouvelle donne

Ces innovateurs ont désormais plusieurs manières d’entrer en contact avec Kerpape : par le concours Startup & Handicap, dont la première édition a été lancée en 2017, ou par le comité d’évaluation et de suivi Degermat. Le premier a été lancé en partenariat avec la CCI du Morbihan,la CPAM 56 et AUdelor. Le  lancement de la prochaine édition est prévu en novembre 2018 .Le concours a déjà permis d’aider au développement de start-up primées : le nantais Gaspard (tracker de positionnement – soutenu par le CMB et toujours suivi par le centre de Kerpape), ForceWheel (assistant moteur pour fauteuil roulant), Wello (plateforme d’entraide), Wheeliz (location de voitures aménagées)…

ForceWheel (société Atinnov) est d’ailleurs en phase de développement localement sur des marchés distants. Fondé par un orthoprothésiste de Kerpape, Mathieu Rietmann (à droite, photo ci-dessus), Atinnov devrait ainsi voir son associé, hémiplégique, prendre les commandes et devrait s’installer, en dur, dans la région lorientaise.

Le fablab, nouvelle tendance. – Photo : Xavier Eveillé

Le programme Degermat s’articule, quant à lui, au fil de l’année. Cet incubateur a reçu cette année huit dossiers, étudiés par un comité de suivi : deux sont actuellement accompagnés. Et ce n’est pas tout. Le centre de rééducation a aussi développé son fablab, baptisé le Rehab Lab. Lancé en 2012, il permet à des patients de créer leurs objets adaptés (porte-gobelets…) et attire même d’anciens patients. Le fablab suscite l’intérêt, donne des idées de créations aux handicapés, qui peuvent transcender, dépasser leur pathologie.

Israéliens et Américains testent les exosquelettes

Enfin, il y a la recherche internationale, au long cours. Comme l’innovation-recherche dans les exosquelettes. La société israélienne ReWalk est en phase 7 et développe plusieurs versions d’exosquelettes pour le handicap lourd. Implantée également en Allemagne pour la partie maintenance et logistique, elle y détache des équipes pour suivre, à Kerpape, l’évolution des applications concrètes sur les patients. Les exosquelettes nécessitent encore le recours à des béquilles, mais qui sait demain…

Une autre société, américaine, Eksobionics, développe elle aussi avec Kerpape un exosquelette adapté aux atteintes partielles de la colonne vertébrale. « Nous avons été le premier établissement de santé en France, en 2012, à participer à la recherche sur les exosquelettes. Cinq voire six centres y travaillent aujourd’hui, explique Marianne Audran, responsable kiné ergothérapie blessés médullaires. Les exosquelettes apportent une aide dans la rééducation active. Qui sait, demain, permettront-ils de marcher. Mais nous n’en sommes pas encore là. Nous devons néanmoins nous tenir informés, cela aura de toute façon un impact sur notre façon de travailler. »

D’autres programmes de recherche, comme Robo-K avec BA Systems sont en cours. Eye-tracking, head-tracking, joysticks, suspension de la personne… Autant de pistes de recherche qui révolutionnent la vie des personnes handicapées et feront demain une force de leurs faiblesses, en leur permettant de devenir… des personnes augmentées.

*Des initiatives originales sont à souligner comme la création d’une équipe de foot fauteuil avec le soutien notamment de Naval Group Lorient.